Accouchement à domicile : le reportage dont je rêvais !

En haut de ma “bucket list” mentale, j’avais envie depuis longtemps de réaliser un reportage photo d’accouchement à domicile. La bucket list, ce sont toutes ces choses qu’on rêve absolument de faire au moins une fois dans notre vie. Et pour moi, les rêves sont avant tout des projets qu’il faut prendre le temps de concrétiser. Du coup, j’ai déjà accompli la majorité de mes grands rêves : partir vivre à l’étranger, créer ma propre entreprise, réaliser un film, etc…

Trouver une famille qui prépare un AAD

La première étape pour parvenir à faire ce reportage, c’était de trouver une famille qui prépare un AAD (accouchement à domicile). C’est un choix très inhabituel, et les opportunités sont donc extrêmement restreintes. Qui plus est, le choix de vivre une naissance à la maison va souvent de pair avec l’envie de préserver au maximum l’intimité de ce moment. Il n’est donc pas facile de convaincre une mère d’accepter la présence non nécessaire d’un photographe dans sa bulle privée !

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L'AAD : une naissance vécue dans l'intimité, chez soi

L’an dernier, j’avais échangé par téléphone avec une future maman qui devait accoucher chez elle. Finalement, l’accouchement a eu lieu plus rapidement que prévu, et je n’ai été mise au courant qu’après la naissance. Puis, en début d’année, une autre femme enceinte m’a contactée, mais elle n’a pas donné suite et je n’ai pas insisté. Enfin, cet été, j’ai rencontré Marion lors d’une sortie au parc entre familles IEF. Ses deux aînés n’étaient pas scolarisés, et elle était enceinte de 6 mois. Je lui ai demandé si, à tout hasard, elle ne prévoyait pas d’accoucher chez elle… Et la réponse fut affirmative ! En fait, ça n’était pas tellement un hasard ; j’ai pu constater que les personnes qui font des choix ‘marginaux’ ont souvent un profil similaire.

Rencontre avant l'accouchement et préparation à la naissance

Je lui ai exposé mon désir de faire des photos d’accouchement à domicile, et elle m’a dit qu’elle en discuterait avec son mari. Nous en avons reparlé par la suite, et j’ai finalement été les voir chez eux peu de temps avant la date théorique du terme de la grossesse. En plus de prendre mes marques sur place, nous avons pu discuter de certains points d’organisation. Il était prioritaire pour moi de respecter leur projet de naissance. Je voulais rester le plus discrète possible, préserver leur intimité. J’ai profité de l’occasion pour faire une photo de grossesse de la future maman.

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Accouchement à domicile : la situation des sages-femmes

Quelques jours plus tard, j’apprends que la sage-femme qui devait assister la naissance ne sera finalement pas disponible : elle est en arrêt maladie ! Les parents sont désespérés, ils craignent que tout leur projet d’AAD tombe à l’eau.

En France, il est très difficile de choisir librement son accouchement. La naissance est hyper-médicalisée même pour les grossesses qui ne présentent pas de risques. Le personnel médical est globalement réticent à l’idée de laisser une femme accoucher en dehors d’un hôpital. Et les assurances qui couvriraient la pratique des accouchement à domicile par les sages-femmes libérales coûtent une fortune, ce qui les rend impossible à contracter. Ajoutez à cela les quelques faits divers où des sages-femmes ont été mises en cause et se sont vues affronter des procès, et vous comprendrez pourquoi il y a si peu de professionnels prêts à accompagner les familles dans leur désir d’accouchement respecté à la maison.

Autour de Lille et dans la région Nord, il n’y a que deux sages-femmes qui acceptent de suivre les parents dans leur désir d’accouchement à domicile. La seconde, bien que débordée, a tout de même accepté de prendre la relève pour accompagner Marion dans la naissance de son 3ème enfant, 3 jours avant l’accouchement ! Le hasard faisant bien les choses, sur ce très court laps de temps, j’ai eu l’occasion de la rencontrer à Lille lors d’une table ronde sur la féminité !

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Camille aux côtés de Marion, quelques minutes après son accouchement à domicile

Photographe d'astreinte pour l'accouchement

Depuis quelques jours, je laissais mon téléphone portable sur sonnerie, même en pleine nuit. Ce vendredi, à 6h15, j’ai reçu un texto annonçant que le travail était en route, mais que j’avais encore le temps d’anticiper. La sonnerie du SMS ne parvient pas à me réveiller. A 6h41, c’est un appel du papa qui me sort du sommeil. Euphorique, je me lève et me prépare en un rien de temps. J’ai une grosse demie-heure de route pour arriver chez eux. A 7h28, je suis devant la porte, le père me dit que je peux entrer…

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La première photo de Jeanne et ses parents après sa naissance à domicile

Un accouchement physiologique très rapide !

Et là, j’apprends que je suis arrivée quelques minutes trop tard. Jeanne est née à 7h15, sans attendre l’arrivée de la sage femme. C’est son papa qui l’a attrapée dans ses bras tandis qu’ils étaient en contact par téléphone avec Camille, la sage-femme.

C’est la première chose que j’ai entendu Marion prononcer, juste après la naissance ! Jeanne était sortie en présentant le sommet du crâne, contrairement à ses frère et soeur aînés. Autre différence : c’est la première fois que Marion a perdu les eaux naturellement, sans qu’on lui perce la poche de liquide amniotique. Mais ce n’est pas une obligation ! Certains bébés naissent à l’intérieur de leur poche, c’est ce qu’on appelle les “bébés coiffés”.

Elle souhaitait que sa fille soit en permanence en peau à peau durant ses premiers jours de vie. Immédiatement après sa venue au monde, elle l’a mise au sein pour la tétée d’accueil.

Une ambiance intime pour un accouchement physiologique à domicile

Comme prévu, l’ambiance était très intime. Marion voulait accoucher dans la pénombre ; en effet, il est reconnu que la lumière peut perturber le déroulement naturel d’un accouchement physiologique. En restant dans l’obscurité, la future mère sécrète plus facilement les hormones nécessaires à l’accouchement. Je savais donc que j’allais devoir réaliser un reportage photo dans une pièce où il n’y aurait pas de lumière. Pour palier à l’obscurité désirée, Marion avait prévu de petites sources de lumières très douces : quelques bougies qui flottaient dans une soucoupe d’eau, et des petites LED qu’elle avait installées dans des bouteilles en verre. Le grand puits de lumière devait en revanche être occulté pour éviter que la pièce baigne dans la lumière du soleil.

L’accouchement devait avoir lieu dans la salle de bain. Marion avait prévu de prendre un bain pour l’aider à se détendre pendant le travail. Elle n’aura même pas eu le temps de faire couler l’eau tant l’accouchement a été rapide ! Dans sa salle de bain, assez spacieuse, elle avait installé un matelas au préalable, et préparé des draps et des alèses.

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Une doula à l'accouchement

Une doula est arrivée quelques temps après moi. Habituellement choisies pour accompagner les mères dans leur grossesse et leur travail d’accouchement, les doulas apportent normalement leur soutien non médical aux parents. Mais pour son accouchement à domicile, Marion avait déjà une sage-femme entièrement à sa disposition pour l’accompagner. Elle avait donc fait appel à une doula pour s’occuper de ses deux aînés durant l’accouchement.

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La doula s'occupe des enfants aînés, juste à côté de leur petite sœur qui vient de naître
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Peu après, une étudiante sage-femme en 3ème année nous a rejoint. Elle avait effectué son stage au cabinet de Camille. Bien que son stage soit terminé, son intérêt pour les accouchements physiologiques lui avait donné envie d’assister à un AAD. Elle regrettait que l’accompagnement aux naissances physiologiques ne soit pas enseigné dans les écoles de sages-femmes.

L'expulsion du placenta

Dans son projet de naissance, Marion avait précisé qu’elle ne souhaitait pas couper le cordon ombilical trop rapidement. Camille vérifiait régulièrement son état : il continuait à battre pendant un certain temps après la naissance. Au bout de 45 minutes, alors qu’il avait cessé de battre, Marion a commencé à ressentir l’envie et le besoin d’expulser le placenta.

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Elle était allongée depuis la naissance de Jeanne, mais pour parvenir à la délivrance, Camille lui a proposé de se remettre dans la position physiologique dans laquelle elle avait accouché.

Bien qu’elle ne voulait initialement pas le couper à ce moment-là, il aurait été plus compliqué pour le papa de porter son bébé dans les bras pendant la délivrance. Camille lui a proposé de couper le cordon, mais il avait déjà fait la naissance de sa fille, et il a préféré laisser faire la sage-femme.

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La maman donne leur nouveau-né au papa pour qu'il la remplace en peau-à-peau pendant qu'elle termine le travail de délivrance

Marion a choisi de conserver un échantillon de son placenta. Le placenta est reconnu pour avoir de multiples vertus. S’il ne semble pas vraiment appétissant au premier coup d’œil, son étymologie vient pourtant du mot latin signifiant “gâteau” ! C’est lui qui aura nourrit le bébé pendant la grossesse et aura permet au foetus de respirer in utero.

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L'observation du placenta, nécessaire pour vérifier qu'il est complet et que la mère ne risque aucune complication hémorragique

Les suites de couches

Le rôle de la sage-femme ne consiste pas qu’à assister la mère pendant qu’elle fait naître le bébé. Le papa avait parfaitement rempli cette tâche, mais il était quand même nécessaire que la sage-femme soit là pour examiner la mère et son enfant dans les premières heures de vie. Camille reste 2 heures après la naissance pour s’assurer que tout va bien. En dehors de l’expulsion du placenta, elle vérifie également le périnée, écoute le cœur du bébé, et s’assure qu’il n’y a aucune complication.

Marion avait eu une épisiotomie lors de ses deux premiers accouchements. Pour cette troisième naissance, physiologique cette fois, elle s’en sort avec une petite déchirure. La sage-femme lui laisse libre choix, et Marion opte pour un seul point de suture. Camille la recoud chez elle, et applique de l’argile et de la teinture mère au calendula sur la déchirure postérieure.

Enfin, en dehors des actes médicaux, la sage-femme prend également en charge le remplissage des papiers administratifs, la création du carnet de santé, la déclaration de naissance.

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La sage-femme remplit les documents administratifs relatifs à la naissance

Les aînés rencontrent leur petite sœur

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Ruben descend doucement les escaliers en constatant la présence de "l'équipe" prévue pour l'acccouchement

D’habitude matinaux, les enfants se sont levés bien plus tard que d’habitude. Leurs chambres étant situées dans la partie opposée de la maison, à l’étage, ils n’ont pas été réveillés par les cris de leur mère pendant l’accouchement. Luna est descendue deux heures après la naissance, suivie quelques minutes plus tard par Ruben. Luna avait exprimé le souhait d’assister à la naissance de sa sœur, mais l’accouchement ayant été trop rapide, et les deux parents étant seuls dans la salle de bain lors de la naissance, ils n’ont pas eu une seconde pour aller la réveiller à temps !

Lorsqu’ils sont arrivés au chevet de leur mère, les deux enfants ont eu une réaction plutôt intimidée. Ils ne semblaient pas oser approcher leur sœur.

Une vie de famille qui commence dans l’intimité

Après l’arrivée des enfants, j’ai terminé mon reportage photo et je suis rentrée chez moi. J’avais déjà passé deux heures à leurs côtés, et il était temps de les laisser vivre ce moment en cercle familial restreint, comme ils l’avaient souhaité.

Le soir, je suis revenue pour leur faire signer les documents (je travaille toujours avec des contrats détaillants les conditions). J’ai pu leur montrer les photos pré-sélectionnées afin de les valider avec eux avant de me lancer dans le traitement. J’en ai profité pour refaire quelques photos tandis que Marion s’était installée confortablement dans son lit, entourée par ses enfants.

Le choix du traitement a été difficile car l’enjeu était important à mes yeux. J’ai finalement opté pour des images contrastées qui respectent le côté impactant de ce moment fort. Si l’essentiel du reportage est passé en noir et blanc, j’ai tout de même choisi de garder la couleur de certaines images. Je n’ai pas voulu enlever le grain des photos, bien que j’aurais su l’atténuer techniquement en post-traitement : il apporte selon moi un côté brut et authentique qui traduit davantage l’esprit de l’événement.

La sage-femme est revenue le lendemain matin afin d’effectuer le suivi post-accouchement dans les 24 heures suivant la naissance.

Pour aller plus loin, je vous conseille de découvrir la collection de livres aux Editions Le Hêtre Myriadis, qui proposent entre autres les livres de Michel Odent, obstétricien de renom.

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